Loi El Khomri, solution de la relance économique ?

Par Théo Renault.

Manif loi travail 17-03 Toulouse 0383 Clément Gruin (Wikimedia, CC-BY-SA 4.0) [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons

Alors que le mouvement Nuit Debout perdure depuis sa création, le 31 mars 2016, la place de la République est devenu un lieu de débat et de discussion. Certains voient - et espèrent - le mouvement comme celui qui changera le système politique, économique et social actuel. L'un des principaux sujets débattus et qui est à l'origine du mouvement est la nouvelle « loi du travail ». Le projet de loi porté par la ministre du travail Myriam El Khomri est source de nombreux débats et manifestations dans toute la France. Mais cette loi serait-elle réellement la solution à la relance de l’emploi et de l'économie Française ?

La loi, qui vise à « libéraliser » le code du travail français pour relancer l’économie, s’inspire en partie des réformes effectuées ces dernières années chez nos voisins européens. Visant à favoriser l’embauche, l’Etat cherche à faciliter le recrutement pour les entreprises, notamment en facilitant les conditions de licenciements.

En Allemagne et au Royaume-Uni, où le chômage est bien plus bas qu’en France, des mesures similaires ont été mises en place pour relancer l’économie. En Allemagne, avec l’Agenda 2010, ont vu les jour des changements radicaux comme la création de minijobs, payés 400 euros par mois pour 15 heures de travail par semaine, l’aide à la création de mini-entreprises et la souplesse du statut d’auto-entrepreneur. Au Royaume-Uni, ce statut est également très favorable et permet à certaines entreprises de recruter sans risque. Ainsi, de nouvelles entreprises comme Deliveroo ne représentent quasiment pas d’employés mais embauchent des personnes qui obtiennent le statut d’auto-entrepreneur, ou « self employed » en anglais. On peut aussi noter dans ces deux pays la fusion de la majorité des allocations, comme l’allocation chômage et de l’aide sociale. Enfin, pour soutenir l’emploi, l’impôt sur les sociétés a été allégé au Royaume-Uni, passant de 28% en 2010 à 20% aujourd’hui.

Comme les chiffres le montrent, cet assouplissement du code du travail parait très favorable à l’emploi. Le taux de chômage était respectivement en janvier 2016 de 5,2% chez nos voisins d’outre-Manche et de 4,5% en Allemagne. Mais la situation n’est pas si positive. Même si le taux de chômage est bien plus bas qu’en France, les conditions de travail ne sont pas toujours favorables aux salariés. Le statut d’auto-entrepreneur est difficile à supporter. Un livreur qui n’est pas en condition de travailler ne sera pas payé et ne touchera pas d’aides. Il n’est exclusivement payé que pour les heures travaillées. Cette souplesse du travail a aussi entrainé une forte hausse de la précarité. Mais le problème a été réglé par la chancelière Angela Merkel, qui a mis en place un salaire minimum mensuel de 1.473 euros le 1er janvier 2015. Mais en Angleterre, la situation n’est pas si positive, et la précarité est un réel problème.

L’âge de départ à la retraite

L’âge du départ à la retraite a également évolué avec ces changements, comme en Allemagne où il était prévu de le faire passer à 67 ans. Un changement similaire est pour l’instant impensable en France. Malgré le vieillissement de la population et la part de plus en plus importante que représentent les personnes âgées, les Français ne sont pas prêts de franchir ce cap et les Allemands non plus. L’âge de la retraite est finalement redescendu à 63 ans. Au Royaume-Uni, même si l’âge légal de départ à la retraite est actuellement fixé à 65 ans pour les hommes et à 60 pour les femmes, il passera à 66 ans, non plus en 2024 comme l’avait prévu l’ancien Premier ministre travailliste Gordon Brown, mais dès 2016. Mais des mesures sont en place pour inciter les Britanniques à travailler jusqu'à 70 ans ! La majorité de la population ayant adhérer à des régimes de retraite privés, une prime est offerte pour ceux et celles qui souhaitent travailler plus longtemps. Là encore, les travailleurs qui touchent des revenus faibles sont les premières victimes de ce système libéral. Certains sont presque obligés de travailler plus longtemps pour être sûrs de toucher une retraite leur permettant de vivre correctement.

L’assouplissement du licenciement

La facilité de l’embauche entraine généralement une facilité du licenciement. Même si beaucoup se montrent favorable à ce fonctionnement, c’est un danger pour une partie importante de la population européenne. Assouplir les règles de licenciement peuvent engendrer une crainte pour beaucoup. Est-ce normal d'avoir peur de se faire licencier à cause de son âge ? Surtout si l'âge de départ en retraite augmente également. La création de plafonds prud'homaux et l'autorisation des licenciements pour cause de ‘difficultés économiques' proposées dans la loi El Khomri représentent un danger pour beaucoup de Français, et pourrait entraîner des abus, notamment de la part des grandes entreprises qui peuvent se permettre de payer pour licencier, comme c'est déjà le cas en Angleterre.

L’augmentation du temps de travail

L'augmentation du temps de travail et la suppression des 35 heures est aussi un danger. Un retour en arrière dans le code du travail n'est pas la solution. Les heures supplémentaires existent et permettent déjà aux entreprises de faire travailler ses salariés plus longtemps. Augmenter ces 35 heures représenterait alors une forte hausse des heures travaillées. Le nombre d’heures travaillées est déjà suffisamment important, et supprimer les 35 heures irait contre nos principes. D’ailleurs, déjà expérimenté dans certains pays, faire travailler plus les salariés ne serait pas forcément bénéfique, et réduire le temps travailler pourrait même engendrer une hausse de la productivité.

Ces changements, malgré la baisse du chômage, entrainent donc des difficultés pour les travailleurs. Hausse de la précarité, hausse de l'âge de départ à la retraite, diminution des allocations et congés… Les sacrifices sont nombreux, mais leur point commun n'est pas difficile à trouver : c'est toujours aux personnes en bas de l'échelle sociale de payer. La solution El Khomri en est peut-être une, mais est-ce la seule ? Et surtout, est-ce la bonne ? Espérons que les Nuits Debout débouchent sur une solution plus favorable pour

Théo Renault